Règlement de comptes à Conteville

Publié le

Martine Martin pour le Défi 272 des croqueurs de mots que j'anime :

Thème : Choisissez au moins deux contes connus (Andersen, Grimm, Perrault) qui ont enchanté votre enfance et, avec leurs personnage écrivez une fable (un conte avec une morale finale). Vous pouvez rajouter d'autres personnages.

Voici ma participation une rediffusion (très prise en ce moment par mon activité littéraire)

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Règlement de comptes à Conteville

Il était une fois à Conteville, une solide jument blanche, Meneuse, à la crinière blonde, aux yeux bleu océan. Son père Menhir, un pur-sang, était le roi des animaux de ce petit pays imaginaire. Elle l’admirait, mais le détestait. La haine c’est de l’amour contrarié. Meneuse, qui portait bien son prénom, rêvait de devenir un jour non seulement la reine des bêtes, mais également de tous les êtres vivants de Conteville, y compris des hommes.

Un matin de mai elle partit en campagne pour promettre aux gens, particulièrement les laissés pour compte en difficulté, de les aider quand elle serait la reine de Conteville.

Elle se dirigea vers le Nord, là où vivent le plus grand nombre de déshérités. Les riches préféraient le Sud. À la lisière d’une forêt, elle vit un jeune garçon au pied d’un haricot géant qu’il commençait à gravir.

  • Je suis meneuse, comment t’appelles-tu mon petit ?
  • Jack.
  • Que fais-tu seul à la tombée de la nuit à ton âge dans cet endroit désert ?
  • J’escalade ce haricot magique. Tout en haut, dans une chaumière, un ogre et sa femme habitent. Ils possèdent une poule qui pond des œufs en or. Je vais en chercher pour les ramener à ma maman qui a perdu son travail et n’a plus d’argent.
  • Balivernes, conte de fée mon petit Jack. Ne reste pas seul dehors, on est en insécurité dans ce royaume. Je vais te raccompagner chez toi. Je parlerai à ta maman et je vais l’aider.

Jack accepta et suivit Meneuse jusqu’à l’intérieur de la modeste demeure qui était juste à côté du haricot géant :

  • Bonjour madame, je suis meneuse, la fille du roi des animaux, et je serai bientôt la reine de tous les citoyens de ce pays. Votre petit Jack m’a dit que vous n’aviez plus de travail. Quand je serai couronnée, le chômage n’existera plus. Je vous embaucherai à mon service. En attendant, voici un peu d’argent pour que vous puissiez manger avec Jack, mais promettez-moi de bien veiller sur votre gentil garçon. Il croit trop aux contes de fées. Il ne doit plus sortir seul à son âge.

La maman de jack prit le billet que lui tendit Meneuse.

  • Je ne pourrais jamais vous les rembourser. Que puis-je faire Meneuse pour vous remercier ?
  • Vous n’avez aucun compte à me rendre. Juste m’aider à devenir la reine de ce royaume en me choisissant le moment venu. Si vous acceptez, je ne vous oublierais pas.
  • Je le ferai volontiers. Merci encore et Bonne chance.

Meneuse, requinquée par ce premier succès, continua sa route. Elle entra, pimpante, d’une allure décidée, dans le grand Parc. Sur le plan d’eau au loin de majestueux cygnes blancs dansaient sur la surface argentée de l’eau avec beaucoup de grâce. Un petit canard, certainement orphelin, voguait sur le bord de l’étang. Elle s’approcha de lui.

  • Je m’appelle meneuse. Je suis la fille du roi des animaux de ce pays. Pourquoi as-tu l’air si triste, Saturnin ?
  • Parce que mes amis, les cygnes, ne veulent plus jouer avec moi.
  • Écoute, si tu m’aides à devenir reine, j’ai le pouvoir de te métamorphoser en cygne, je souhaite un royaume tout blanc comme celui de la Reine des Neiges.
  • Oh non merci, Meneuse. Une fée m’a déjà transformé en cygne. Je me réjouissais au début de la beauté et de mon élégance. Quand je me suis aperçu que je n’étais plus moi-même, j’ai déprimé. Je refuse d’être de nouveau un cygne. Je resterai un vilain petit canard. Je me moque que les oiseaux blancs me dédaignent désormais. Les fées et les reines, qui promettent un univers parfait où tout le monde est plus heureux et plus riche, créent ainsi des espoirs qui seront forcément déçus. Elles n’imaginent pas qu’elles rendent encore plus accablés ces pauvres gens. Meneuse, tu as l’air très sympathique, mais je ne te soutiendrai pas. Au revoir.
  • Adieu, Saturnin. Quand je serai reine, ne viens jamais me demander de t’aider et réjouis-toi de t’en sortir à bon compte. Je n’aime pas du tout qu’un manant me donne des leçons.

Saturnin ne répondit pas, mais s’envola loin de cette prêcheuse-bêcheuse dont il se méfiait.

Meneuse, dépitée par ce premier échec, poursuivit néanmoins son chemin, encore plus motivée à trouver de nouveaux alliés. Devant la porte d’une caverne, elle aperçut un pauvre bucheron semblant apeuré qui tenait à la main une lampe.

  • Bonjour je suis Meneuse, la fille du roi des animaux et future reine de tous les êtres vivants de ce royaume. Qui es-tu ?
  • Je suis Ali-Baba.
  • Que t’arrive-t-il ? Tu as l’air si effrayé.
  • Je suis recherché par une bande de quarante voleurs qui veulent me régler mon compte.
  • On n’est plus en sécurité ici. Si tu me promets de m’aider à devenir khalife de ce royaume, je te prendrais sur mon dos, je galoperais à toute vitesse et te cacherais dans un endroit sûr. Quand je serai reine, je ferais tuer par ma police ces quarante bandits et tous les autres qui pullulent dans ce pays.
  • C’est très gentil, Meneuse, attends que je ferme la porte de cette caverne pour que ces brigands ne puissent voler l’or qui s’y trouve.
  • Je patiente, Ali-Baba, bien sûr.
  • Iqfil yā simsim.

Et la porte de la grotte se ferma par miracle sous le regard stupéfait de Meneuse

  • Ali-baba, qu’as-tu dit dans cette langue que je ne comprends pas ?
  • C’est de l’arabe, cela signifie : Sésame ferme toi !
  • Es-tu donc arabe ?
  • Mes parents, immigrés à Conteville, viennent d’Iran.
  • Alors je ne peux rien pour toi, Ali baba, retourne dans ton pays. Si tu le souhaites, je vais te ramener de l’autre côté de la frontière, tu y seras en sécurité.
  • J’aime Conteville où je suis né et je veux y rester. Je ne monterai pas sur toi et je ne t’aiderai pas. Comment peux-tu prétendre devenir la reine de tous les êtres vivants et ne pas accepter que certains soient différents ? Tu es une mauvaise fée.

Meneuse, face à cet odieux affront, rua de colère puis leva la patte pour en donner un violent coup à Ali-Baba. Ce dernier, qui n’avait pas demandé son compte, avait disparu par enchantement grâce à la lampe merveilleuse que son ami Aladin lui avait confiée. Meneuse se promit de retrouver ce métèque insolent et de le faire expulser de son royaume.

Contrariée, elle bouillonnait au plus profond d’elle-même, mais elle n’allait pas se laisser abattre par ce second échec. Il fallait continuer à aller au-devant des habitants en souriant pour les séduire. Sur son chemin, elle croisa une petite fille habillée d’un long manteau rouge avec une capuche qui lui cachait un peu son visage. Elle portait un panier qui paraissait bien pesant.

  • Bonjour, je m’appelle Meneuse, tu es la mère Noël, lui dit-elle ?
  • Non, on me surnomme le petit chaperon rouge. j’apporte une galette et un pot de beurre à ma bonne-maman malade.
  • Ce panier semble bien lourd. Monte sur moi, je vais te conduire chez ta mamie. C’est dangereux pour une gamine de se promener dans la campagne, il y a de vilains messieurs qui rôdent et veulent faire du mal aux enfants qu’ils croisent.
  • Ma mère m’a interdit de parler à des personnes inconnues, je vais continuer seule.
  • Elle a tout à fait raison, mais je ne suis pas une étrangère. Je suis la fille du roi des animaux de Conteville.
  • Alors si ma maman sait qui vous êtes, j’accepte.

Elle grimpa sur Meneuse et elles partirent toutes les deux. Devant une modeste maison, Meneuse s’arrêta, le petit chaperon rouge descendit. Meneuse lui demanda si elle pouvait rentrer avec elle pour converser avec sa grand-mère. Elle pourrait l’aider à guérir. La gamine accepta et frappa à la porte.

  • Qui est là ? dit la mère-grand.
  • Mamie, c’est ta petite fille. Je suis avec Meneuse qui m’a accompagnée jusqu’ici et qui voudrait te parler, elle peut te soigner.
  • Tire la chevillette, et la bobinette cherra ma chérie.

Le petit chaperon rouge s’exécuta, la porte s’ouvrit, elle entra suivie de Meneuse. Elle déposa la galette sur la table, mit le beurre au réfrigérateur puis alla embrasser sa mamie alitée.

Meneuse s’approcha de la vieille dame :

  • Bonjour madame, je suis Meneuse, la fille du roi des animaux de Conteville. Mon père est âgé comme vous. Bientôt, je lui succèderai et serai la reine de tous les êtres vivants de Conteville. Votre petite fille m’a dit que vous alliez mal et que vous n’aviez pas assez d’argent pour payer le médecin. Oui, je souffre des maladies nommées vieillesse et solitude. Personne ne peut me guérir.

Meneuse tendit un billet à la grand-mère :

  • Acceptez ce billet. Il vous permettra d’appeler un docteur qui pourra soulager vos douleurs. Quand je serai élue, j’augmenterai les retraites, j’instituerai des soins gratuits et pour vous, madame, je délèguerai les meilleurs médecins de ce pays. Ils trouveront, c’est certain, un remède pour vous rajeunir.

La grand-mère, comme emportée par une grande colère, se releva soudain vivement, ôta ses habits, ses lunettes. Meneuse, stupéfaite, s’aperçut trop tard que c’était un loup. Il s’adressa à elle :

  • Meneuse, toi qui préconises à tes adeptes de se méfier des autres, tu as été bien imprudente et tout ce que tu promets, tu ne le réaliseras pas. Même dans la ville des contes à dormir debout, sous tout être, y compris celui qui parait le plus inoffensif, un loup dort et ne demande qu’à être réveillé. Maintenant, je vais m’offrir un royal festin.

Il se jeta sur Meneuse qui, tétanisée par la peur, ne put réagir. Il la griffa, la mordit et la dévora sous les yeux effarés du petit chaperon rouge qui fondit en larmes. Son repas terminé, il se tourna vers elle :

  • Sèche tes pleurs, mon enfant, je ne te ferai aucun mal et tu vas retrouver ta mamie. Je l’ai enfermée dans le placard. La rumeur circulait chez les animaux. Meneuse faisait campagne auprès des humains démunis pour leur raconter des mensonges. Alors que, affamée, je m’apprêtais à dévorer ta grand-mère, j’ai vu la fille du roi arriver. Quelle joie ! J’allais m’offrir un repas exceptionnel et en plus débarrasser à jamais les habitants de Conteville de cette vilaine sorcière. En promettant à ta mamie de lui laisser ainsi qu’à toi la vie sauve, je l’ai forcée à me remettre sa chemise de nuit et son chapeau en dentelle que j’ai revêtus pour ne pas être reconnu. Je l’ai ensuite enfermée dans la penderie, puis j’ai attendu sagement Meneuse.

Sur ce, le loup ouvrit la porte du placard, délivra la vieille dame. Le petit chaperon rouge se précipita dans les bras de sa grand-mère qui l’étreignit et l’embrassa. Le loup avant de sortir les salua : 

  • Au revoir, je vous quitte. Je vais maintenant aller annoncer la nouvelle de la mort de Meneuse au roi. Elle lui faisait de l’ombre. Il se réjouira. Pour me remercier de l’avoir débarrassé de sa fille qui cherche à le détrôner, il m’introduira dans sa bergerie, me couvrira d’honneurs et fera de moi son héritier. Quand j’aurai acquis sa confiance, je le dévorerai aussi. Conteville, délivré à jamais de ses démons et de la haine, redeviendra alors un petit pays tranquille. Apprenez que les vrais loups ne sont pas ceux imaginés et désignés. ​​​​​​​
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J
Voilà une morale qui restera toujours de circonstance hélas ! Très bien écrit comme toujours , le talent est inné chez toi, bravo!<br /> Bisous.
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A
Bien réaliste ce joli conte Les vrais loups sont souvent cachés sous d'aimables personnages . Ne pas succomber aux promesses trop belles
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P
J'ai beaucoup aimé ce conte. Tu nous ramènes prestement à notre époque !<br /> Bonne journée Martine<br /> Bises
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F
Un vrai conte ;Les vrais loups savent bien se déguiser en gentils parfois! Je viens seulement de publier ma participation. Bonne soirée
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F
Un vrai conte ;Les vrais loups savent bien se déguiser en gentils parfois! Je viens seulement de publier ma participation. Bonne soirée
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M
Une rediffusion qui est pour moi une première lecture, savoureuse et bien plaisante à découvrir avec tes personnages revisités...ce loup n'est pas du tout sympa et cache bien son jeu il n'est pas sans me rappeler certains de nos hommes politiques en effet ! Bisous et bonne fin de journée
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.
hello !!!!!!!!!!!!!!!!! et très bonne soirée
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R
me souviens plus que tu l'ai publié ce texte....désolée j'ai sécher complètement devant ce défi...Bisous douce semaine
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J
oups, je suis comme Jazzy et bien contente de cette rediffusion savoureuse ! je l'avais manqué ou je ne m'en souviens pas. Ta fable est plus que jamais d'actualité bises
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J
Merci Martine d'avoir rediffuser ton conte , je ne m'en souvenais pas . Je me suis régalée à te lire et n'ai pas manqué de faire certains rapprochements avec notre monde actuel .<br /> Bonne journée <br /> Bises
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A
Tu as utilisé plus d'un conte.<br /> Le loup finalement souhaite ce même monde où il sait si bien se débrouiller. Bises.
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M
Joliment conté... bravo et bonne journée - bisous
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Z
Super Martine, je viens de me régaler autant que le loup en dévorant ce petit conte qui m'a tout de même fait penser à ce que nous vivons en ce moment dans les sphères de nos politiques, tous confondus, et de leurs belles promesses pour un monde meilleur !<br /> Bises et bon début de semaine - Zaza
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A
J'ai adoré ton compte qui reflète si bien la réalité.<br /> <br /> Je viens de me régaler.<br /> Bonne journée, bisous ♥
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D
Que ne ferait-on pas pour avoir les voix des électeurs! Que de mensonges ! Un loup qui cache bien son jeu.<br /> Je me suis régalée à te lire, c'est parfait<br /> Très belle journée.<br /> bises
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C
Une excellente rediffusion qui répond exactement à ton défi lancé, Martine !!! Super !!! Bon lundi tout entier. Bisous♥
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J
Bonjour Martine, Meneuse et le Loup.... deux arrivistes, et comme tu dis ! Bon lundi Croqueurs, bises
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