Le mot mystère : on n'échappe pas à son destin
Pour le mot mystère, Lilou nous demande de trouver l'anagramme en 12 lettres de : E E E I O O N H B B P L (c'est une peur)
et d'utiliser dans c'est une peur un texte des anagrammes avec au moins cinq lettres dont bobine, lopin épilobe sont imposés.
Les anagrammes sont en gras dans mon texte. ll y en a d'autres qui possèdent moins de 5 lettres.
Line n’oubliera jamais son horrible cauchemar d’enfance qui la hante encore quarante ans après. Sa maman, angoissée, avait téléphoné au médecin de famille. Une forte fièvre et une gorge douloureuse clouaient sa fille au lit. Des plaques rouges étaient apparues sur sa peau, au pli de l’aine et du coude. Avant de l’examiner, le docteur avait demandé à ses parents de quitter la chambre de Line pour éviter qu’ils lui transmettent leur anxiété. Après l’avoir auscultée et tâtée partout, il l’avait rassurée : « ce n’est rien ma puce, tu as la scarlatine, je vais te faire deux piqures pour que tu guérisses vite ». Il avait planté une aiguille métallique dans sa fesse dénudée et après avoir ouvert sa braguette, inséré, une autre beaucoup plus grosse dans sa bouche. Elle avait hurlé. Le médecin s’était rhabillé en criant à ses parents : « ne vous inquiétez pas, je viens de lui injecter des antibiotiques ».
Depuis elle a la phobie de tous les objets pointus, elle souffre de bélénophobie. Atroce présage : Elle reste persuadée qu’une aiguille la tuera un jour.
Elle se nourrit à la cuillère et son assiette reste souvent pleine. Quel supplice d’introduire une fourchette dans sa bouche ! Elle n’utilise des couteaux qu’à bout arrondi. La vision d’un opinel qui s’ouvre dans les mains de son mari lui provoqua un malaise vagal.
La vue d’un lopin de blé l’écœure. Un jour au détour d’un chemin de montagne, elle aperçut une jolie fleur violette : un épilobe. Elle s’approcha, prit sa tige pour la cueillir. Au contact avec un épi pointu, sa tête tourna, elle vomit de la bile.
À Noël, point de vrai sapin chez elle, de peur qu’une épine puisse la blesser.
Pas de rose non plus dans son jardin, elle ne voudrait pas piquer sa chair et la mutiler.
Elle ne coudra jamais à la main. À la vue d’une aiguille, même d’une épingle, elle s’évanouit. Pourtant les bobines de fil multicolores chez un mercier lui donnent envie de broder.
Elle adore le contact avec la laine. Son mari a coupé la pointe de ses aiguilles en plastique et a arrondi leurs bouts à la lime pour qu’elle puisse tricoter pour ses proches. Au début, avec des extrémités rondes, ce fut très difficile, mais elle s’y était habituée.
Elle ne supporte pas de voir une poule picorer le sol : « picoti, picota, lève la queue et puis s’en va ! » Ouf ! Line, montre-toi, la poule n’est plus là.
Elle ne connaît pas la maladie, heureusement car impossible de prélever son sang pour l’analyser, ou lui injecter des médicaments. Quand selle s’est fracturé le poignet, on a dû lui administrer oralement une forte dose de tranquillisants et somnifère pour parvenir à l’anesthésier avant de lui poser des broches.
Elle arrive à vivre, à s’adapter sans trop de peine à cette peur viscérale contre laquelle elle lutte.
Aujourd’hui, c’est son cinquantième anniversaire. Elle se réjouit, son mari lui a promis une surprise. Comme dans l’émission de télévision « Rendez-vous en terre inconnue », il lui a bandé les yeux. Il l’a aidée à rentrer dans la voiture et l’a conduite dans un lieu mystérieux. Le voyage lui a paru interminable. Arrivé sur place, accrochée à son bras, elle a marché pendant cinq minutes, l’air semblait plus frais que chez elle. Il l’a fait grimper, semble-t-il, dans un car assez bondé. Elle entendait le bruit du moteur. Des ornières devaient se trouver sur la route. Elle était secouée régulièrement. À un moment, ses oreilles se sont bouchées. Le bus devait monter. Son époux l’avait certainement emmenée à la montagne : son rêve. Le véhicule s’est arrêté, elle en est sortie, a descendu un escalier et a marché quelques minutes. Il faisait froid. Son mari s’est exclamé : « Nous sommes arrivés ma chérie, attention je te retire ton bandeau ». La lumière l’aveugla, elle contempla d’abord ses pieds qui étaient posés sur une plateforme transparente au-dessus du vide. Elle n’avait pas le vertige, mais se retrouver subitement ainsi lui donna le tournis. Elle relava la tête et regarda autour d’elle. Un très haut et effilé rocher recouvert par endroit de neige avec une pointe rouge à son sommet s’érigeait devant elle. Quand elle réalisa que l’aiguille du midi trouait l’azur du ciel. Elle perdit connaissance, victime d’une crise cardiaque. Toutes les tentatives de réanimation s’avérèrent vaines. Une aiguille l'a tuée, elle ne vivrait pas un second demi-siècle. On n’échappe pas à son destin.
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